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Éducation sexuelle : la tâche revient aux parents

Daphné Bédard






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À l’heure où les cours d’éducation sexuelle ont été retirés du programme scolaire et intégrés dans les compétences transversales, la tâche de parler de sexe avec les enfants revient plus que jamais aux parents.

« Je trouve ça absolument triste et déplorable ce recul dans l’éducation à la sexualité parce que le besoin est plus fort que jamais. Il y a du cul partout », souligne Jocelyne Robert. Vrai que la sexualité est omniprésente, que ce soit à la télévision, sur Internet ou dans les magazines.

La sexologue croit justement que le meilleur moyen de parler de sexualité est de récupérer une situation - une scène d’amour à la télévision, par exemple - pour en discuter avec son enfant. Dans notre monde hypersexualisé, les occasions ne manquent pas. « Il faut profiter de ces moments pour se positionner, souligne Mme Robert. On doit dire ce qu’on pense de certaines situations. Il faut aborder le sujet pour que l’enfant saisisse tout au long de son développement que la sexualité fait partie de la vie et que dans la famille, on a des valeurs à cet égard-là. On a une opinion, une façon de voir les choses. »

Car parler de sexe, c’est aussi faire connaître les valeurs qui accompagnent l’acte et qui vous sont précieuses. Certains comportements sexuels comme les agressions ou l’inceste ne sont pas acceptables et l’enfant doit le savoir clairement.

On est loin du temps où on expliquait aux enfants que les bébés venaient d’un chou ou qu’ils allaient devenir sourds s’ils se masturbaient. « Aujourd’hui, l’époque n’est plus aux réponses maladroites qui laissaient les enfants avec leurs interrogations, écrivent Frédérique Saint-Pierre et Marie-France Viau dans La Sexualité des enfants expliquée aux parents. (...) Les parents ont un rôle majeur d’éducation, d’information et de prévention. »

Il n’est jamais trop tôt pour parler de sexe aux enfants, selon Mme Robert. Dès deux ou trois ans, les enfants ont des questions sur leurs organes génitaux et sur la façon de faire les bébés. Il faut satisfaire leur curiosité en leur donnant des réponses précises dans des mots qu’ils comprendront. Pas besoin de se perdre en explications interminables. « Ça ne sert à rien de donner des conférences et de sortir l’encyclopédie, dit Jocelyne Robert. L’enfant a besoin d’une réponse claire, limpide, courte et rassurante. »

Se confier

Pour les adolescents, parler de sexualité avec leurs parents n’est pas nécessairement une tâche facile. Plusieurs préfèrent se confier à une personne hors de leur famille, comme un professeur ou un entraîneur de sport. « Ils me disent qu’ils n’en parlent pas à leurs parents parce qu’ils capotent, dramatisent, jugent et censurent », explique Mme Robert.

Pourtant, les parents semblent assez enclins à recevoir les questions de leurs ados sur le sujet. D’après l’Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois de l’Institut de la statistique du Québec, les adolescents de 16 ans sont assez ou très à l’aise de discuter de sexualité avec leurs parents. Ces derniers hésitent toutefois à aborder le sujet. Plus de 32 % d’entre eux en parlent peu ou jamais.

La façon d’intervenir auprès d’un enfant peut avoir une grande influence sur la façon dont il percevra la sexualité tout au long de sa vie. « En répondant sans honte ni gêne à ses questions, en réagissant sereinement à ses agissements, les parents lui transmettent une image saine de la sexualité et instaurent un climat de confiance », selon les auteures de La Sexualité des enfants expliquée aux parents.

Entre le laxisme et la rigidité, l’idéal pour les parents est de trouver un juste milieu. Il n’est pas nécessaire de tout permettre parce que l’enfant a besoin d’encadrement.

Évidemment, il est nécessaire de parler de protection, de maladies transmises sexuellement et de grossesses non désirées. Mais il faut aussi parler d’amour. Attention à ne pas mélanger les genres, prévient toutefois Mme Robert. « Il ne faut pas que nos valeurs par rapport à l’amour nous fassent mentir. Par exemple, dire à son enfant que pour faire un bébé, il faut s’aimer beaucoup. Ce n’est pas vrai. Il y a des filles qui tombent enceintes parce qu’elles se font violer. (...) L’amour est une valeur. Ça ne fait pas partie de la sexualité. La sexualité peut se vivre en dehors de l’amour et l’amour en dehors de la sexualité. »

Le plus important, conclut la sexologue, est de rester ouverts et à l’écoute. « Il faut avoir une oreille en forme de cœur, illustre-t-elle. (...) Si le parent, tout en ayant des opinions sur la sexualité, se montre ouvert, c’est une perche intéressante pour le jeune. Il sera plus porté à lui parler. »


Le Soleil




     
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