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Algerie : L’éducation des femmes et des jeunes filles

par Oukaci Lounis






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* Maître-assistant Université de Constantine



L’analphabétisme des femmes ne constitue qu’un indicateur du niveau de vie général plutôt qu’un facteur en lui-même déterminant pour la santé et l’éducation des enfants et des nourrissons.

La corrélation entre l’éducation maternelle et une meilleure prise en charge de l’enfant n’est pas encore démontrée par des recherches approfondies. Mais il est d’ores et déjà évident que l’éducation des jeunes filles est l’un des meilleurs investissements qu’un pays en développement puisse prendre en considération et avec un sérieux exemplaire dans le domaine de la santé et de l’éducation.

L’éducation et la survie de l’enfant et du nourrisson De nombreuses études menées au cours des trente dernières années ont montré qu’une faible mortalité juvénilo-infantile est liée presque invariablement à un niveau d’éducation élevé chez les femmes.

Le professeur John Caldwel, de la Australien National University, une autorité incontestée dans ce domaine, a résumé comme suit les résultats de ces études.« Dans une étude des Nations Unies portant sur 115 pays, la corrélation entre l’analphabétisation et l’espérance de vie à la naissance était plus élevée qu’entre l’espérance de vie et n’importe quel autre facteur spécifique.

La corrélation avec l’analphabétisme était, en fait, à peine inférieure à celle avec l’indice du développement général (...) On peut en outre relever que des taux de mortalité juvénilo-infantile extrêmement bas ont pu être atteints dans certaines sociétés où le niveau d’instruction des femmes est élevé. » (1) Des études récentes encore ont confirmé l’impact de l’éducation des femmes et des jeunes filles sur le bien-être de l’enfant et du nourrisson. Ces recherches confirment clairement et sans ambiguités que « plus la mère est instruite, plus son enfant a de chance d’atteindre l’âge de cinq ans (...) En fait, la variation de la mortalité infantile en fonction du degré d’instruction de la mère est indépendante du niveau général de la mortalité » (2).

En Algérie, malheureusement, il n’y a point de recherches qui pourraient nous éclairer sur ce sujet mais néanmoins, une chose est sûre que notre pays ne fait pas exception à la règle de ces recherches menées à travers le monde, nous pourrons tenir des indices permettant de dire qu’il est urgent, sinon vital, de mener une stratégie pour mettre fin à l’analphabétisme qui est une entrave et source de tous les maux et les crises que traverse le pays actuellement.Statistiquement la situation est grave, extrêmement grave. (3)L’analphabétisme peut effectivement diminuer mais augmente en valeur absolue. Combien d’analphabètes compte l’Algérie en 1998 ?Ce tableau démontre que l’ampleur de ce phénomène que l’Algérie a essayé de combattre avec l’aide des instances internationales (PNUD, Unesco) différents programmes ont été appliqués en 1967-71 et un autre programme pendant le plan quadriennal 1970-73.Cependant, aucun de ces programmes ne fut mené à terme en raison des efforts et des moyens particuliers que requiert ce genre d’opérations (4).

En effet, les investissements en matière d’éducation continuent de bénéficier exclusivement au système d’enseignement formel.A quoi est dû cet échec ? L’une des principales causes d’échec des programmes d’alphabétisation est qu’il ne bénéficie pas de l’appui de la collectivité.

Il me semblerait que leur succès soit directement fonction de cet appui. Pour s’assurer le soutien de la collectivité, il faut d’abord gagner le soutien et la confiance des notables. En d’autres termes, la campagne à mener commence par eux. Il faudrait donc organiser des contacts directs entre les personnels chargés de l’alphabétisation et ceux qui représentent le pouvoir, en vue de discuter des dangers de l’analphabétisme pour la collectivité et des avantages qu’elle peut retirer du programme.

Cette attaque lancée massivement contre l’analphabétisme au sein de la collectivité comme aussi d’une collectivité à l’autre, n’est rien d’autre qu’une forme de développement réalisée à partir de la base (adhrum) en Grande Kabylie, (‘arch) chez les Chaouia, (hurm) chez les Mozabites, (tribu) chez les nomades et les semi-nomades. Cela peut paraître au lecteur bizarroïde, mais c’est ça la construction de notre société et on peut mettre fin à ce fléau sans passer par ces notables, les politiciens en savent quelque chose (campagne électorale).

Cette politique à mener est dictée par la structure sociale de l’Algérie et par la division des citadins et des ruraux qui représentent respectivement 51,31 % en zone urbaine et 49,69 % en zone rurale. Ce qui nous obligerait à ce que la stratégie commencerait du village (douar) /commune/daïra/ wilaya. Si on suit cette stratégie, il y a tout lieu d’espérer la nouvelle approche à petite échelle qui permettrait à l’Algérie d’éliminer l’analphabétisme dans cinq ans au maximum.Femme, education et sante Des recherches approfondies ont démontré que « ...le corrélatif unique le plus important de la survie de l’enfant n’est pas, comme on pourrait s’y attendre : I’aisance financière de la famille ou des installations médicales accessibles, mais bien le niveau d’instruction de la mère.

Ainsi pendant des périodes extrêmement difficiles - famine - parmi les enfants de moins de trois ans, ceux des mères sans éducation risquaient cinq fois plus de mourir que ceux des mères ayant suivi une scolarité de sept ans au plus » (6)La raison de ce phénomène est inconnue : c’est pourquoi elle fait l’objet de recherche en cours.

En Algérie, le taux brut de mortalité en 1996 est de 22,9 pour mille, c’est-à-dire que l’on compte 22,9 naissances pour 1000 habitants, 76% de femmes accouchent en milieu assisté, 215 femmes meurent en couche en moyenne pour 100 000 grossesses en 1996 (7). Ces chiffres reflètent la politique de la santé menée par l’Algérie, cela nous oblige à reconnaître les efforts consentis dans la santé publique.

Mais néanmoins, la question qu’il faudrait poser est la suivante : pour combien de temps l’Etat peut contenir cette masse de femmes analphabètes en âge de procréer dans le futur et qui représente 56,9 % entre (15 et 49 ans) et qui, heureusement, utilise un moyen contraceptif (8), et l’autre tranche ? quelle serait la stratégie à adopter pour mettre fin et diminuer le taux d’analphabétisme tout en sachant que la femme rurale surtout n’est plus maîtresse de son corps ; ça, c’est une autre question.

A notre humble avis, il serait préférable d’éduquer la fille, d’investir dans le domaine de l’éducation que de construire des hôpitaux. Ce qui nous oblige à dire cela : ce sont ces chiffres énormes de l’échec et de la déperdition scolaire qui, dans un futur proche, représenterait une entrave de taille à tout projet ou planification.Au niveau élémentaire, le nombre de filles est de 2 193 983 soit 46,56 % ; au niveau du moyen leur nombre est de 854 952 soit 45,53 %. Au niveau du secondaire le nombre de filles est de 47 230 soit 53,72 % (9). En contre-partie l’échec et la déperdition scolaire sont estimés à 500 000 élèves pour l’année 1997 : 1er cycle 200 000, 2e cycle 130.000, 3e cycle 140 000 (10) respectivement. En toute objectivité, quelle sera la conduite à tenir devant ce phénomène ?

Les explications possibles La nature exacte de ce rapport entre l’éducation des femmes et la santé des enfants a été éclairée par des recherches approfondies. Néanmoins, les explications possibles sont :

1- En général la seule avancée souligne le fait que les mères éduquées rompent avec la tradition, qu’elles deviennent moins « fatalistes » à l’égard de la maladie, du retard scolaire de leur enfant et qu’elles adoptent en matière de soins et en méthode psychologique à l’enfant un bon nombre de solutions d’où des répercussions importantes sur les chances de survie ou de scolarité de l’enfant.

2- Une mère éduquée est plus à l’aise pour évoluer dans le monde moderne. Elle a davantage de chances de se faire entendre par les médecins et les enseignants et elle sait parfois les convaincre d’agir, alors même que leur attitude réticente aurait découragé une analphabète.Elle est souvent plus au courant des ressources existantes en services de santé ou de l’éducation et n’hésite pas à y faire appel, estimant qu’il s’agit là d’un droit.

3- La troisième explication, qui vaut peut-être à elle seule autant que ces deux autres réunies, semble être passée pratiquement inaperçue bien qu’on puisse la voir à l’œuvre dans de nombreux foyers algériens où la femme est éduquée. Cette explication repose sur le fait que l’éducation des femmes modifie profondément l’équilibre traditionnel des relations familiales, d’où des répercussions importantes sur les soins et l’éducation aux enfants.A mesure que la société traditionnelle devient une société de transition au sein de laquelle une population éduquée fait son apparition, une différence se remarque dans la façon dont les membres de la communauté adhèrent au rôle traditionnel selon qu’ils ont fréquenté I’école ou non.

Si, en Algérie, la scolarisation a des répercussions aussi profondes, c’est qu’elle modifie non seulement le comportement des personnes qui ont reçu une instruction mais aussi Ies attitudes des autres envers elle.

Une femme qui a fréquenté l’école est plus apte à s’élever contre les prétentions de sa belle-mère, laquelle elle-même, en pareil cas, est beaucoup moins portée à insister. La jeune femme oppose la sagesse de l’école à la sagesse des anciens.

Elle cherche davantage à communiquer avec son mari, et celui-ci risque moins de décourager ses efforts.En fin de compte, il peut même se faire que la famille évolue de façon à se recentrer autour de l’enfant, avec tout ce que cette évolution signifie pour l’abaissement de la mortalité infantile et l’élévation des performances scolaires et sa réussite dans la vie future.

Une plus grande part des ressources familiales étant consacré à l’enfant, celui-ci n’aura plus à travailler durement, sera exposé à moins de risques et mènera une vie plus saine.Les filles A l’Ecole Transmettre, par le biais de l’éducation, davantage de pouvoir à la mère : cette démarche révèle des potentialités énormes pour élever les niveaux de santé maternelle, infantile, juvénile et éducationnel de son enfant. De nombreuses raisons ont été avancées pour expliquer le rôle prépondérant de l’éducation de la jeune fille - future mère - et de la mère.On a tout d’abord estimé que le niveau d’éducation n’était que le reflet du niveau de vie familiale.

Plus la mère est instruite, plus elle est susceptible d’avoir un mari instruit et un revenu élevé. Un pouvoir d’achat plus élevé a pour conséquence de meilleures conditions de logement, d’hygiène, une nutrition et des soins de santé et une éducation de meilleure qualité. Mais ces arguments ne trouvent pas explication et argument logiques dans la société algérienne. Ces quelques observations nous montrent que l’éducation joue, en elle-même, un rôle capital.

Il suffit de regarder autour de nous pour confirmer que la scolarité augmente les capacités de la femme à apporter à l’enfant des soins appropriés, non seulement parce qu’elle est matériellement favorisée mais parce qu’elle est moins fataliste, mieux informée sur la santé, l’hygiène, la nutrition, la scolarité et mieux outillée pour affronter les idées et les institutions modernes. L’éducation, améliore le statut de la mère et augmente le pouvoir dont elle dispose dans la famille.Conclusion La discrimination à l’égard des filles existe toujours.

A l’heure actuelle, le taux de scolarisation dans le primaire, le plus bas observé pour les filles se situe dans la wilaya de Ghardaïa avec 40,27 %. Le plus élevé est observé à Alger avec 48,27 %. Pour le moyen le taux le plus bas se trouve dans la wilaya d’Adrar avec 31,09 % de filles contre 50,73 % à Alger. Pour le secondaire, c’est encore la wilaya d’Adrar qui compte le moins de filles, soit 27,92 % contre 61,75 % dans la wilaya d’Alger. Le taux d’analphabétisation pour les femmes (de 16 ans et plus) est de 43,02 % ; plus de 4 millions de femmes ne savent donc ni lire ni écrire (11) .

Que peut-on dire devant ces chiffres qui parlent d’eux-mêmes sauf que la discrimination à l’égard des femmes, de même titre que la plupart des autres discriminations contre les femmes, mène tout droit à des taux de mortalité infantile élevés. La relation entre la malnutrition de la mère et l’insuffisance pondérale à la naissance a été établie ; et pourtant les femmes continuent, même lorsqu’elles sont enceintes, à être sous-alimentées plus souvent que les hommes.

Des recherches ont montré que ce n’est pas uniquement la malnutrition pendant la grossesse qui réduit la capacité d’une femme à mettre au monde des enfants en bonne santé.Une sous-alimentation chronique au cours de l’enfance amène des carences alimentaires qui ont un effet sur la santé de la descendance plus tard dans la vie. (12)En dernier, on peut dire que les dépenses relatives à la santé et l’éducation sont un « investissement » et non une « consommation ».

Bibliographie :

1- CALDWEL, J.C. In. La situation des enfants dans le monde. UNICEF. 1986. p 144.

2- BARBARA,M. op. cit. p 144.

3- Annuaire statistique de l’Unesco de 1980 à 1988.

4- Unesco, The Experimental World Litterary Programm : Acortical Assessement, The UNISCO / UNDP Press, 1976.

5- World Fertility Sorvey. Ibid. 145.

6- Mémoire de femme, ministère de la Solidarité et de la Famille, Mars 1998.

7- Mémoire de femme. op. cit.

8- Système scolaire. journalEl Watan, février 97. p 4.

9- Mémoire de fernme. Ibid.10- Kethleen Newland, Ibid. p 146.






     
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